
Polytechnique s’apprête à inscrire un nouveau nom de poids sur son campus de Palaiseau. L’école d’ingénieurs a annoncé la création d’un Institut de mathématiques et des sciences fondamentales financé par un don de 50 millions d’euros apporté par Bernard Arnault via sa société familiale Agache. L’ensemble, dont le bâtiment est attendu à l’horizon 2030, portera le nom du patron de LVMH, ancien élève de l’X, et ambitionne de devenir un pôle d’attraction pour des chercheurs internationaux de haut niveau en mathématiques, physique et informatique.
Au-delà de l’architecture – un concours doit être lancé pour dessiner la future construction – Polytechnique veut structurer l’écosystème français des sciences fondamentales. Un programme scientifique, la « résidence mathématiques », doit démarrer dès la rentrée prochaine, avant même la livraison des locaux. L’école entend ainsi renforcer sa capacité à attirer et retenir des talents dans un contexte de concurrence accrue, notamment de la part des établissements asiatiques, alors que les classements mondiaux maintiennent la France sous surveillance.
Lors de la cérémonie d’officialisation aux Invalides, Bernard Arnault a justifié son engagement autour de trois notions : l’excellence, la souveraineté et la créativité. Il a rappelé que « les mathématiques sont un foyer d’excellence française » et souligné qu’avec l’essor de l’intelligence artificielle, « celui qui maîtrise les mathématiques maîtrise les affaires du monde ». Pour le dirigeant, le développement des sciences fondamentales est désormais un enjeu central de compétitivité, condition pour « faire rayonner, à travers la science, la France et affirmer sa souveraineté notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle ».
Ce soutien massif du secteur privé intervient dans un paysage où le financement de la recherche et la pression fiscale sur les contribuables alimentent déjà le débat. Sur le campus, la décision de donner le nom d’un grand industriel à un institut dédié aux mathématiques et aux sciences fondamentales nourrit des interrogations sur la place croissante des fortunes privées dans l’enseignement supérieur et la recherche. Les autorités publiques, elles, saluent un geste présenté comme un acte de patriotisme et y voient un levier pour « décloisonner le privé et le public », alors que l’X cherche à consolider son rôle de locomotive scientifique sans renoncer à ses missions d’intérêt général.

Le compte à rebours est lancé pour Duralex. Placée en redressement judiciaire le 1er juin, la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret) est désormais engagée dans un plan de cession validé par le tribunal de commerce d’Orléans début juillet. Les candidats à la reprise ont jusqu’au 6 août pour déposer un dossier complet, avant une audience clé fixée au 17 septembre qui doit examiner les offres et tracer les lignes du futur de l’entreprise et de ses 243 salariés.
Fondée en 1945 et connue pour ses verres de cantine réputés incassables, Duralex affronte son cinquième redressement judiciaire en un peu plus de vingt ans. Deux ans après avoir été reprise en Scop par ses propres salariés, l’usine n’a pas réussi à surmonter ses difficultés financières. Le tribunal a accordé une période d’observation de six mois avec poursuite d’activité, mais le sort du site et de son savoir-faire industriel dépend désormais de l’issue du plan de cession.
Selon le syndicat Force ouvrière, une quarantaine de marques d’intérêt ont été recensées, sans qu’aucune ne se soit pour l’instant concrétisée en offre formalisée. À l’audience, aucun nom de repreneur potentiel n’a été évoqué. Les syndicats insistent sur la nécessité d’un « projet industriel sérieux » porté par un repreneur « compétent » capable de maintenir l’activité sur le site. Des élus locaux alertent sur le risque de voir émerger des candidats intéressés par la seule marque Duralex, sans engagement sur la production et l’outil industriel.
Dans l’usine, l’activité a été ajustée pour préserver la trésorerie. La production, mise en pause le 12 juin afin de réduire les charges et de concentrer les équipes sur l’emballage et la préparation des commandes, a redémarré avec la relance d’une ligne de fabrication. À l’extérieur, une quarantaine de militants, à l’appel de la CGT, se sont rassemblés devant le tribunal d’Orléans lors de la dernière audience pour afficher leur soutien à la verrerie et rappeler l’enjeu social et industriel de ce nouveau tournant pour Duralex.