
La France reconfigure sa présence militaire au Moyen-Orient, en rapatriant le porte-avions Charles-de-Gaulle vers son port d’attache de Toulon tout en maintenant des moyens de déminage dans le détroit d’Ormuz. Emmanuel Macron a annoncé le déploiement de deux chasseurs de mines, accompagnés de deux frégates et d’un avion de patrouille maritime, destinés à « contribuer, avec nos partenaires, à la pleine reprise de la navigation et à garantir la sécurité du trafic » dans ce corridor stratégique pour le commerce mondial. Cette adaptation du dispositif intervient dans un contexte d’« évolution favorable » de la situation après la signature d’un mémorandum d’accord entre les États-Unis et l’Iran pour cesser les hostilités.
Sur les réseaux sociaux, le chef de l’État a précisé que le Charles-de-Gaulle rejoignait Toulon tandis que les moyens de déminage « demeurent déployés et prêts à intervenir avec nos partenaires ». Paris copréside avec Londres une mission internationale annoncée comme « purement défensive », à laquelle seraient associés plus de quarante pays, et qui vise la sécurisation du détroit. L’Iran avait évoqué la possible présence de mines dans la zone, invitant les navires à emprunter des routes alternatives, sans qu’il soit officiellement possible de confirmer un minage effectif du passage.
Cette réorganisation s’inscrit également dans une logique de gestion des ressources humaines et de réalisme opérationnel, selon l’analyse du général François Chauvancy. Après plusieurs mois en mer, « les équipages ont besoin d’être renouvelés, de retrouver un peu une vie normale », souligne-t-il, estimant qu’« en termes de gestion du facteur humain, c’est essentiel ». Le militaire note aussi que la mission, largement symbolique au départ, a progressivement perdu de sa pertinence sur le plan opérationnel: « il y a un moment où l’inutilité de la mission s’est avérée, et il faut être raisonnable, il était temps de rentrer à la maison ».
Pour l’exécutif français, le retrait du porte-avions ne signifie toutefois pas un désengagement. Paris affirme rester « pleinement mobilisé » et prêt à ajuster ses moyens au gré de l’évolution des besoins sécuritaires dans la région. Cette posture se veut un équilibre entre la volonté de ne pas s’aligner de façon catégorique sur l’action militaire américaine contre l’Iran et celle de préserver la liberté de navigation dans l’un des détroits les plus sensibles du globe, tout en tenant compte des mises en garde de Téhéran contre un trop grand activisme étranger dans ses eaux voisines.

Des côtes normandes à la Méditerranée, les scientifiques décrivent une même dynamique : la multiplication et l’intensification des canicules marines désorganisent les écosystèmes et fragilisent des pans entiers de l’économie littorale. Jeudi, des chercheurs de l’Ifremer ont évoqué une « hécatombe invisible » sous l’eau, évoquant à la fois l’effondrement des populations de bulots en Manche, les difficultés croissantes de la filière ostréicole et la mortalité de nombreuses espèces en Méditerranée.
En Normandie, la baie de Granville (Manche) illustre ce basculement. L’eau de la Manche y a gagné localement 1,5 °C en quarante ans, un réchauffement que les bulots supportent mal. Longtemps deuxième espèce pêchée dans la région, avec près d’une centaine de bateaux et des captures de l’ordre de 10.000 tonnes par an pendant plus de vingt ans, la ressource s’est effondrée. Entre les années 2000 et 2017, ces volumes dépassaient encore 10.000 tonnes annuelles ; en 2025, les débarquements ont chuté de 80 %, à seulement 1.900 tonnes. Avec les canicules marines de cette année, les chercheurs s’attendent à de « très forts impacts » supplémentaires sur la pêcherie.
La filière ostréicole, qui représente « à peu près 10.000 à 20.000 emplois en France », selon Franck Lagarde, coordinateur du réseau d’observations des huîtres creuses Ecoscopa, est elle aussi sous tension. Décrivant la canicule marine de mai comme « la plus impactante qu’on ait jamais enregistrée depuis 1960 », il souligne qu’il est encore trop tôt pour en mesurer tous les effets. Mais dans l’Atlantique et la Manche, les vagues de chaleur se sont déjà traduites depuis cinq ans par une baisse des taux de croissance des naissains – les jeunes huîtres – de 14 % à 62 %. « La violence de ce qu’on vient de vivre nous a surpris », reconnaît-il, disant voir des signaux préoccupants pour l’ensemble de la filière.
Plus au sud, en Méditerranée, la hausse des températures se manifeste par des épisodes de mortalité massifs. L’océanographe et écologue Nathaniel Bensoussan redoute une « hécatombe invisible sous l’eau » et compare la situation à « un feu de forêt ». Lors d’une plongée en 2022, après un été déjà marqué par des canicules marines, il décrit l’impression de descendre dans un « cimetière marin », équivalent sous-marin d’une forêt brûlée, avec des mortalités récurrentes touchant plus d’une cinquantaine d’espèces entre la surface et 50 mètres de profondeur. Mer semi-fermée, la Méditerranée a connu depuis le début de l’année des vagues de chaleur sur 98 % de sa surface, avec un record de température en juin à 24,34 °C, selon le service européen Copernicus Marine. Dans ce contexte, la raréfaction des grandes algues et la mortalité de gorgones rouges, ces coraux mous qui abritent une riche biodiversité, accentuent la pression sur des écosystèmes déjà fragilisés.