Marché du travail : Paris consacre 70 milliards d’euros, un record en Europe

05.07.2026


Avec 2,5 % de son produit intérieur brut (PIB) consacrés en 2023 aux politiques publiques en faveur des personnes en difficulté sur le marché du travail, la France se hisse au premier rang européen. Selon les données publiées par l’Insee et la Dares le 2 juillet, cet effort représente environ 70 milliards d’euros, soit un point de PIB au-dessus de la moyenne de l’Union européenne à 27, qui frôle 1,5 %. L’Hexagone devance notamment l’Espagne (2,4 % du PIB) et le Danemark (2,1 %), confirmant un positionnement durablement plus dépensier que ses voisins en matière de chômage et d’insertion professionnelle.

Ces crédits se répartissent en trois grands blocs. Les mesures de soutien au revenu – allocations et assistance chômage, chômage partiel, dispositifs de préretraite – absorbent 1,7 % du PIB. Viennent ensuite les mesures dites « actives » destinées à améliorer l’employabilité, via la formation ou l’expérience professionnelle, pour 0,5 % du PIB. Enfin, le service public de l’emploi (France Travail et missions locales) représente 0,2 % du PIB. Sur le champ du soutien au revenu, la France forme un duo de tête avec l’Espagne. Mais là où Madrid a accru ces dépenses de 0,2 point de PIB entre 2019 et 2023, Paris les a réduites de 0,3 point, sous l’effet combiné d’une moindre indemnisation des chômeurs et de la baisse du chômage jusqu’en 2023.

La singularité française apparaît surtout sur le terrain de la formation professionnelle. L’Insee et la Dares relèvent un effort de 0,3 % du PIB, contre 0,1 % en moyenne en Europe. Entre 2019 et 2023, les dépenses d’employabilité ont progressé de 7 % en France, alors même que le nombre de personnes sans emploi souhaitant travailler diminuait de 4 %. Cette dynamique est en partie portée par le Plan d’investissement dans les compétences (PIC) et par des enveloppes massives dédiées à l’alternance et à l’apprentissage : autour de 25 milliards d’euros par an au plus fort du dispositif, puis environ 20 milliards, selon des données citées par un économiste. Malgré ce soutien, les résultats sur l’insertion des jeunes restent jugés mitigés.

Sur la période 2019-2023, les dépenses liées au marché du travail ont globalement reculé en France comme dans le reste de l’Europe, à l’exception du pic observé pendant la pandémie. Pour autant, l’effort budgétaire français demeure « colossal », avec un taux de chômage qui, après avoir atteint 7,1 % au premier trimestre 2023 au sens du Bureau international du travail (BIT), est remonté à 8,1 % au premier trimestre 2026, en hausse de 0,7 point sur un an. Dans ce contexte, la combinaison d’un engagement financier record, d’une réduction des droits à indemnisation et de résultats jugés peu probants sur le front de l’emploi alimente le débat politique, alors même que l’exécutif a renoncé à sa réforme de l’assurance chômage.

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Canicule répétée, forêts en flammes: la climatisation au cœur des stratégies d’adaptation

05.07.2026


La France affronte déjà son troisième épisode de fortes chaleurs depuis le début de l’année, quelques jours seulement après une canicule qualifiée d’historique. Dimanche, sept départements du Sud – l’Ardèche, l’Aude, la Drôme, le Gard, le Vaucluse, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales – ont été placés en vigilance orange canicule, avec des températures pouvant avoisiner les 40 °C, notamment en ex-région Languedoc-Roussillon. Météo-France prévoit que les fortes chaleurs gagneront du terrain vers le nord ce lundi 6 juillet 2026 et n’exclut pas d’étendre la vigilance à d’autres territoires.

Si les prévisionnistes soulignent que « les températures sont un cran en dessous » de celles enregistrées lors de la précédente canicule, la nouvelle vague pourrait se prolonger jusqu’au week-end prochain. Les minimales restent élevées sur le pourtour méditerranéen et dans la moyenne vallée du Rhône, souvent comprises entre 21 et 25 °C, avec des pointes à 27 °C localement. Ce troisième épisode survient après une séquence de mai jugée exceptionnelle par sa précocité et une canicule de deux semaines dans la seconde moitié de juin, pendant laquelle les températures moyennes ont atteint des niveaux records et entraîné de graves conséquences sanitaires.

La répétition des fortes chaleurs s’accompagne d’un risque d’incendie particulièrement élevé dans les régions méditerranéennes. Météo-France met en garde contre des vents parfois forts susceptibles de favoriser la propagation des feux et classe sept départements du Sud en « risque très élevé » dans son bulletin dédié à la météo des forêts. Dans les Pyrénées-Orientales, un incendie déclenché samedi soir dans un massif difficile d’accès à Trévillach a parcouru près de 1 000 hectares. Selon la préfecture, le feu « n’est plus en propagation libre » mais reste sous surveillance. Dans la Drôme, un incendie de forêt qui brûle depuis trois jours dans une zone montagneuse inhabitée a plus que doublé de superficie dans la nuit, mobilisant plus de 300 pompiers qui tentent d’en ralentir la progression jugée « défavorable ».

Au-delà de la gestion d’urgence, la nouvelle offensive du thermomètre ravive un débat politique déjà vif sur la manière d’adapter le pays à des canicules appelées à devenir plus fréquentes et plus intenses. La question de la climatisation s’est imposée comme un symbole des divergences de stratégie. Lors de l’épisode de juin, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est opposée à l’idée de déployer « la clim partout » comme réponse à l’adaptation au changement climatique, tandis que le Rassemblement national défendait un « plan clim » chiffré à 40 milliards d’euros.

Dimanche, le chercheur François Gemenne, coauteur de rapports du GIEC, est venu bousculer le débat en prenant clairement position en faveur d’un recours accru à la climatisation. « Je ne comprends pas les gens (...) qui s’obstinent à refuser la climatisation. Ça veut dire qu’ils acceptent de transformer les canicules en tract électoral pour le RN », a-t-il déclaré sur France Info, visant explicitement la ministre de la Transition écologique. Sur fond de vigilance orange, de forêts en flammes et de mortalité en hausse lors des précédents épisodes, la France se retrouve ainsi à arbitrer entre impératifs sanitaires immédiats, maîtrise de la demande énergétique et stratégie de long terme face à des étés de plus en plus extrêmes.