Le Havre s’est offert un véritable show maritime avec le baptême du CMA CGM Notre Dame, plus grand porte-conteneurs battant pavillon français et nouveau fleuron de la flotte du groupe. Long de 400 mètres pour 62 mètres de large, ce colosse de 24 212 EVP (équivalents vingt pieds) a été inauguré jeudi 2 juillet au Terminal de France, sur Port 2000, en présence du PDG de CMA CGM Rodolphe Saadé et de nombreuses personnalités politiques et économiques, dont le maire du Havre et ancien Premier ministre Édouard Philippe, le ministre des Transports Philippe Tabarot, Brigitte Macron et la dirigeante d’entreprise Delphine Arnault. La cérémonie, mêlant chants, danse et discours, a marqué l’entrée en service de ce navire amiral sur l’axe stratégique entre l’Asie et l’Europe.
Premier d’une série de dix méga porte-conteneurs construits en Chine, le CMA CGM Notre Dame rejoint la French Asia Line, une rotation de 102 jours reliant notamment Ningbo, Shanghai, Yantian, Singapour, Le Havre, Rotterdam, Hambourg et Tanger Med. Après une semaine d’escale inaugurale au Havre, le navire doit reprendre la mer vers les ports du Nord, avec un départ programmé vers Rotterdam. Doté d’un équipage français et arborant une coque bleu marine surmontée d’un déflecteur d’air vert à l’avant — un windshield permettant de réduire la résistance au vent —, il peut transporter plus de 24 000 conteneurs, soit l’équivalent de plus de 20 000 camions ou près de 600 trains de fret.
Ce lancement illustre la stratégie de CMA CGM en matière de transition énergétique. Propulsé au gaz naturel liquéfié (GNL), le Notre Dame embarque une architecture cryogénique avec une cuve d’environ 18 600 m³ intégrée à la structure du navire, où le GNL est stocké à -162 °C avant regazéification et injection dans les moteurs. Selon le groupe, cette motorisation permet de supprimer quasi totalement les émissions d’oxydes de soufre, de réduire les oxydes d’azote jusqu’à 85 % et d’abaisser les rejets de dioxyde de carbone d’environ 20 à 25 % par rapport aux carburants marins classiques, tout en éliminant pratiquement les particules fines. L’autonomie assurée par cette cuve couvre l’intégralité de la rotation Asie-Europe.
Au-delà de la propulsion, le navire concentre également les dernières innovations numériques de la compagnie. Des systèmes d’intelligence artificielle embarqués jouent le rôle de copilote, intégrant et analysant en temps réel des millions de données, de la météo aux courants marins en passant par le trafic et les performances du moteur, afin d’optimiser la route et de réduire encore la consommation de carburant. Neuf autres navires de cette même classe doivent rejoindre la flotte d’ici fin 2027. Ils porteront les noms de lieux emblématiques du patrimoine français — Panthéon, Orsay, Luxembourg, Versailles, Pont Neuf, Nation, Austerlitz, Cluny et Longchamp — avec l’ambition affichée de « faire rayonner l’excellence française sur toutes les mers ».

En choisissant Saint-Raphaël (Var) pour lancer sa campagne présidentielle, David Lisnard a donné le ton d’une candidature construite contre ce qu’il décrit comme la continuité du pouvoir actuel. Devant près de 1.500 personnes selon les organisateurs, le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) a pris pour cibles les figures pressenties du camp macroniste pour 2027, notamment l’ancien Premier ministre Édouard Philippe et l’ex-chef du gouvernement Gabriel Attal. « Pourquoi vouloir à nouveau tenter de nous dire que le seul choix rationnel et raisonnable en 2027 serait de reconduire ceux qui ont gouverné et échoué ? », a-t-il lancé.
Candidat libéral, David Lisnard a rompu au printemps avec Les Républicains pour se présenter en solo à la présidentielle. Cette prise de distance s’est doublée d’une attaque frontale contre ce qu’il appelle « un petit monde parisien » qu’il dit avoir « découvert » via ses fonctions à la tête de l’AMF. Il décrit un milieu qui « fréquente les mêmes cercles, les mêmes lieux de pouvoir » et partage « les mêmes habitudes et les mêmes réflexes ». Selon lui, le pouvoir resterait ainsi concentré entre les mains d’une même élite politique et administrative.
Le maire de Cannes va plus loin en qualifiant cette élite de « caste » qui « confond sa survie avec celle du pays ». À l’en croire, cette classe dirigeante « s’affole » à l’approche de la présidentielle de 2027 et se montrerait « prête aujourd’hui à toutes les alliances de circonstances, à toutes les compromissions morales et politiques, à tous les reniements ». Dans ce registre, il fait allusion, sans le nommer explicitement dans ses discours rapportés, au quasi-soutien apporté récemment par le responsable LR Laurent Wauquiez à Édouard Philippe, fondateur du parti Horizons.
En s’attaquant aux « héritiers » du macronisme et à un « petit monde parisianiste », David Lisnard cherche à se positionner comme une alternative issue des territoires, en rupture avec les accords jugés opportunistes entre formations traditionnelles et ex-cadres de la majorité. S’il n’a pas détaillé lors de cette réunion les contours d’un programme, la mise en scène de ce lancement de campagne et la dénonciation des « compromissions » esquissent une stratégie centrée sur la critique de la continuité et du jeu d’alliances au sommet, à près de trois ans de l’échéance présidentielle.