
Le gouvernement français engage un tournant industriel dans la lutte contre le narcotrafic. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a présenté un « plan douanes 2030 » doté de 419 millions d’euros, articulé autour d’un renforcement massif des capacités de contrôle et de nouveaux recrutements. L’objectif affiché est de répondre à la « déferlante » de cocaïne qui transite par les ports, les aéroports et les centres logistiques, alors que les saisies de stupéfiants ont déjà atteint des niveaux records.
Le plan s’inscrit dans la feuille de route tracée en janvier par Emmanuel Macron, qui avait demandé au gouvernement de « muscler » la riposte dans les grands hubs de fret et d’accroître la mobilisation aux Antilles, décrites comme l’une des principales portes d’entrée des drogues en France. Les douanes avaient saisi près de 109 tonnes de produits stupéfiants en 2025, dont plus de 31 tonnes de cocaïne. Sur le seul premier semestre 2026, David Amiel fait état d’une nouvelle hausse de 30 % des saisies, signe, selon lui, d’un « choc d’offres » porté par des réseaux structurés et très bien équipés.
Pour combler le retard technologique que le ministre pointe face à des narcotrafiquants recourant à des « technologies de pointe », le plan mise sur un « choc capacitaire ». D’ici 2030, 25 scanners supplémentaires doivent être déployés sur l’ensemble du territoire : des scanners fixes présentés comme de véritables « infrastructures industrielles », capables de traiter à très grande vitesse un volume important de conteneurs, mais aussi des scanners mobiles spécialisés dans les ports et des scanners tomographes destinés aux centres postaux. L’exécutif veut ainsi rapprocher le dispositif français des standards observés ces dernières années dans les ports de Belgique et des Pays-Bas, qui font figure de référence européenne en matière de contrôle de flux massifs.
L’effort ne se limite pas aux équipements. Le plan prévoit 545 créations nettes d’emplois pour une administration qui compte aujourd’hui environ 16 500 agents. Selon le directeur général des douanes, Florian Colas, la moitié de ces postes sera affectée aux services de première ligne, c’est-à-dire aux unités de contrôle physiquement présentes sur le terrain, tandis qu’environ 20 % renforceront les cellules de ciblage en amont et les services d’investigation en aval. Cette montée en puissance vise aussi à répondre à l’évolution des modes de dissimulation : la cocaïne n’est plus seulement cachée dans des cargaisons, mais parfois chimiquement modifiée ou dissimulée au point d’échapper aux capteurs traditionnels comme les scanners classiques ou les chiens renifleurs.
À terme, l’enjeu pour l’État est de repositionner la douane comme un acteur doté d’outils industriels et numériques à grande échelle, capable d’absorber la croissance des flux commerciaux tout en filtrant plus finement les cargaisons à risque. En misant à la fois sur l’extension des capacités de scan, le renforcement des équipes de terrain et l’amélioration du ciblage en amont, le plan Douanes 2030 tente de répondre à la montée en puissance de réseaux qualifiés de « tentaculaires », sans entraver la fluidité des échanges dont dépendent ports, aéroports et plateformes logistiques.

À partir du 4 juillet 2026, Avignon redevient pour trois semaines la capitale mondiale du théâtre, avec une édition hautement symbolique : le Festival « In » fête ses 80 ans, tandis que le « Off » célèbre son 60e anniversaire. Le directeur Tiago Rodrigues, reconduit pour quatre ans, a voulu transformer ce millésime en « célébration des arts vivants », en alignant davantage de spectacles, une majorité de créations et une grande diversité d’esthétiques. Au programme : théâtre, danse, performances, cirque, et une ouverture en forme de choc esthétique avec un spectacle-fleuve de cinq heures dans la Cour d’honneur du palais des Papes.
Cette édition se distingue aussi par la place donnée aux femmes à la mise en scène, devenues majoritaires, et par un accent assumé sur les artistes internationaux, notamment sud-coréens. Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe les années précédentes, le coréen est la langue à l’honneur, dans un contexte où la présence de la romancière Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, doit marquer les esprits. En ouverture, Julien Gosselin, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, présente « Maldoror », vaste fresque inspirée de Roberto Bolaño et de Lautréamont, qui interroge la notion de mal et la manière dont les artistes s’en emparent.
Au-delà du In, le Off confirme son rôle de véritable cœur économique et artistique du rendez-vous, avec quelque 1 700 spectacles au programme et environ 300 000 spectateurs recensés l’an dernier par Avignon Festival & Compagnies. La ville se transforme en « marché » du spectacle vivant, vitrine essentielle pour des compagnies qui peinent à exister ailleurs. Une enquête Ipsos-BVA souligne par ailleurs l’attachement du public : 72 % des Français considèrent le théâtre comme un pilier essentiel de la culture et de la société, et la fréquentation des salles a progressé à 13 millions de spectateurs sur douze mois, contre 11,3 millions l’année précédente. Plusieurs représentations du In affichent déjà complet, alors que 136 000 à 151 000 places sont mises en vente selon les décomptes fournis.
Derrière cette effervescence, les professionnels restent toutefois préoccupés par la conjoncture. Les coupes budgétaires qui frappent le secteur, conjuguées à des déprogrammations pour motifs idéologiques, nourrissent la crainte d’un rétrécissement de la liberté de création. La récente annulation par la municipalité de Castres d’une pièce relatant des récits d’exilés a agi comme un signal d’alarme pour de nombreux acteurs du festival. Dans ce climat tendu, Tiago Rodrigues veut faire de cette 80e édition non seulement une fête, mais aussi une « fête des questionnements », conclue par une nuit de réflexions dans la Cour d’honneur avec artistes, scientifiques, philosophes et personnalités de la société civile, pour interroger le rôle de l’art dans un monde en mutation.